• Iwan Gunawan, Witjak Widi Cahya @ SIPFest 2016
  • © Suwardi
  • © Kande
  • Indische Party © Oleh Arya  Rinaldo
  • Senyawa ©Guswib
  • © DJ Bayu
  • Garasi Seni Benawa © Rahayu Supanggah
  • © Jogja Hip Hop Foundation
  • Filastine © Julieta Feroz
  • Moondog © Stefan Pedersen
  • Aural Archipelago © Palmer Keen
  • Tesla Manaf © Refa Adiredja

Musique en contraste

Description
Informations

Curateurs Ubiet Raseuki & Bart Barendregt

Comment aborder la musique indonésienne sans commencer par le gamelan, son représentant le plus emblématique ? Du javanais gamel (marteau), le gamelan fait référence tant au genre musical qu’à l’orchestre lui-même. Celui-ci est composé de gongs, métallophones, tambours et autres percussions en tous genres, auxquels peuvent se rajouter des flûtes, instruments à cordes ou même des voix. Les instruments d’un orchestre ne peuvent être construits que par un seul forgeron et l’ensemble est considéré comme un instrument unique et indivisible. Ainsi, il est absolument hors de question d’emprunter le gong d’un gamelan pour le jouer dans un autre.

Le gamelan a eu une grande influence sur la musique occidentale et internationale. Debussy, Satie, Britten et Glass, entre autres, se sont inspirés de ses tonalités et rythmes. Sonic Youth l’a utilisé dans sa chanson « She Is not Alone » et il apparaît souvent dans la bande originale de films comme Akira. De nos jours, le gamelan n’a en rien perdu de sa fraîcheur et de sa pertinence : des musiciens continuent à inventer de nouveaux instruments, parfois même électriques ou faisant appel aux ondes magnétiques, et le répertoire ne cesse d’évoluer avec des compositions contemporaines et expérimentales.

Pour ce grand focus, pas moins de quatre légendes du gamelan javanais et balinais, tant traditionnel que contemporain, ont accepté l’invitation d’EUROPALIA à témoigner de son immense diversité : A. L. Suwardi, I Wayan Gde YudaneRahayu Supanggah et Iwan Gunawan. Ce dernier participe à un projet tout à fait unique initié par le festival : Moondog for Gamelan. En collaboration avec Stefan Lakatos, il jouera avec son ensemble la musique du légendaire compositeur américain Moondog sur un gamelan construit spécialement pour l’occasion.

La musique traditionnelle en Indonésie ne se limite bien entendu nullement au gamelan. Chaque île et région connaît ses propres styles, instruments et sonorités. Datant d’avant l’arrivée des Austronésiens en Indonésie, le chant papou est considéré comme une des musiques les plus anciennes encore existantes à ce jour, même si il a été fort influencé au 19ème siècle par l’importation d’hymnes chrétiens et de musique polynésienne. Pour le projet Voices of Papua, des chanteurs et musiciens viendront spécialement de Papouasie pour pour présenter leurs chants impressionnants,, rarement entendu à l’étranger. Également au menu : un duo de flûte et de chant des Minangkabau (Sumatra), un ensemble de percussions et d’instruments à vent des Bataks Toba, du batti-batti de l’île de Selayar, et encore beaucoup d’autres perles à découvrir. 

L’Indonésie possède une scène de hip hop, jazz, metal et musique électronique particulièrement foisonnante qui mérite d’être mieux connue. Les musiciens invités par EUROPALIA sont la crème de la crème dans leur genre et ont de nombreux fans sur le sol indonésien. Leur point commun est qu’ils ont adopté des styles de musique occidentaux, mais en les reconvertissant par l’ajout d’éléments traditionnels indonésiens. Ceci leur donne une identité originale et fascinante. 

Le groupe d’influence metal Karinding Attack accompagne ses chansons déjantées avec des instruments traditionnels en bambou comme des guimbardes, des xylophones et des percussions bizarroïdes (ils décrivent eux-mêmes leur musique comme du heavy bamboo). Le duo Senyawa, complètement inclassable, combine le son d’instruments de leur invention (construits à partir d’outils agricoles) avec des hurlements, chants de gorge, respirations et grognements féroces saupoudrés de mélodies traditionnelles fragiles et introverties. Le DJ balinais Dea Barandana fait bouillir la salle avec ses sets ensoleillés qui mélangent sans heurts disco tropicale, grooves obscurs et musique électronique indonésienne. Le groupe Wayang Hip Hop a quant à lui basé son identité visuelle et sonore sur le théâtre de marionnettes d’ombre de Java, tout en jouant un rap vicieux. 

Le programme culminera avec une soirée endiablée aux Brigittines. Un hommage au groupe de rock légendaire Dara Puspita (The Flower Girls), Indische Party et le DJ David Tarigan feront revivre le temps d’une nuit le rock & roll indonésien qui prit d’assaut le monde dans les années 60 et 70. Préparez-vous à user vos semelles !

Pour finir, EUROPALIA a invité trois musiciens européens à partir en résidence en Indonésie afin d’y rencontrer des musiciens locaux. Le belge Dijf Sanders est allé à Java pour un échange musical. Les traditions et instruments locaux qu’il y a découverts seront intégrés dans son prochain album et ses concerts. Rabih Beaini, le musicien et producteur libanais basé en Allemagne, a travaillé en Indonésie avec Tarawangsawelas, un duo spécialisé dans le tarawangsa, une musique sacrée et minimaliste de Bandung. Enfin, l’allemand Wolf Müller (aka Bufiman) s’est rendu dans la jungle de Bornéo, où il a appris à maîtriser les instruments et rythmes locaux. Son nouvel album sera inspiré des rencontres locales lors de ses concerts, il jouera avec des instruments indonésiens. Ce mélange de disco allemand et de musique tribale promet d’être une véritable révélation.